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EDITORIAL : PARLEZ-MOI D’AMOUR

écrire à l'auteur Champ Freudien

EDITORIAL

PARLEZ-MOI D’AMOUR

De la littérature à la psychanalyse

Trésor d’amour de Ph. SOLLERS. – De l’amour de STENDHAL – La dynamique du transfert – L’amour de transfert.

A.S. COHEN

Vous connaissez la chanson, et même les paroles. Parlez-moi d’amour dit le Psychanalyste, il en restera toujours quelque chose. Aussi, c’est toujours avec un très grand plaisir que j’entends parler d’amour en ce début d’année 2011.

Devant tant de tristesse, de régression, de morosité : crise monétaire, violences, coups d’Etat politique, coups médiatiques, retraites, déficits budgétaires, le Poker, la sexualité partageuse SARKO or not SARKO ? … Heureusement que Philippe SOLLERS surgit de sa boîte magique, avec un livre, encore un, pour nous offrir, depuis Venise, son TRESOR D’AMOUR.

Ouf !!! Culture, écriture, respiration, rêves, revient encore Venise, pour nous parler d’amour. La rencontre, la singularité, la clandestinité. Le regard posé sur toute chose ; un corps, une boutique, la lagune… Quelques monuments comme décors. Et surtout, une leçon clinique de littérature sur l’Amour. Exister enfin, le surgissement, l’in sight.

L’Amour est fondamentalement asocial et la société s’en défend car elle a autre chose à faire qu’aimer, Pensez Bien ! Malheur donc à qui aime. Rejet, exclusion, procès, stigmatisation. Philippe SOLLERS vous rappelle à la clandestinité et il a bien raison. Parfums d’alcôves, d’interdit, de corps de femme. Discrétion, vivre en douce, la Dolce vita, ça coule de source, suivre le courant de l’improvisation. Trouver un autre livre, Dare Dare, dans les méandres de la poupée gigogne. STENDHAL et sa cristallisation. Invitation à relire ce texte fameux de STENDHAL : De l’Amour. C’est un roman qui n’est pas un roman tout en étant un roman. Un signifiant roman, un tour de passe passe qu’a trouvé STENDHAL pour parler de sa passion d’amour pour Mathilde VISCONTINI. Une sorte de clinique de l’Amour à l’Italienne.

Voyons quelques définitions

1)- L’Amour-passion, celui de la religieuse portugaise, celui d’Héloïse pour Abélard, celui du capitaine de Vesel…

2)- L’ Amour-goût, celui qui régnait à Paris vers 1760 et que l’on trouve dans les mémoires et romans de cette époque….

3)- L’Amour physique. A la chasse, trouver une belle et fraîche paysanne qui fuit dans les bois.

4)- L’Amour de vanité : L’immense majorité des hommes, surtout en France, désire et a une femme à la mode, comme on a un joli cheval…

Ça vous parle ? Voilà un discours criant, hurlant de vérité, extrêmement actuel bien que venant des auteurs du début du XIXème siècle.

LA CRISTALLISATION, ça sonne comme le cristal, c’est transparent, c’est translucide et puis cela a une résonance de christianisme. Cet amour-passion me paraît très christique. La passion du Christ pour Dieu et les hommes. Asocial, vous dis-je, condamnation à mort et crucifixion. De quoi faire une religion de l’amour et que nous puissions en parler encore longtemps comme Jésus parlait devant les oliviers du jardin du même nom.

Mais, apprécions la définition que nous en donne STENDHAL : Un petit côté biochimique, avec une note d’entreprise manufacturière.

Bref, il n’y a pas de véritable AMOUR qui ne traverse le temps et le monde du travail. Fondé sur son alchimie, où même les atomes fricotent avec ardeur.

« Laissez travailler la tête d’un amant pendant 24 heures, et voici ce que vous trouverez : Aux mines de sel de Salzbourg, on jette dans les profondeurs abandonnées de la mine, un rameau d’arbre effeuillé par l’hiver, deux ou trois mois après, on le retire couvert de cristallisation brillantes : les plans, petites branches, celles qui ne sont pas plus grosses que la patte d’une mésange, sont garnies d’une infinité de diamants mobiles et éblouissants. On ne peut plus reconnaître le rameau primitif ».

Ce que j’appelle Cristallisation, c’est l’opération de l’esprit qui tire de tout ce qui se présente, la découverte que l’objet aimé a de nouvelles perfections.

Nous retrouverons là les processus d’idéalisation et de sublimation chers à la psychanalyse.

Mais que dit S. FREUD sur la dynamique du transfert ?

« Ensuite, dans le transfert positif, on distingue des sentiments amicaux ou tendres, capables de devenir conscients et d’autres dans les prolongements se trouvent dans l’inconscient. En ce qui concerne ces derniers, l’analyste prouve chaque fois qu’ils ont un fondement érotique. Nous en concluons ainsi que tous les rapports d’ordre sentimental sont utilisables dans la vie… originellement, nous n’avons connu que des objets sexuels. La psychanalyse nous montre que des gens que nous croyons seulement respecter, estimer, peuvent pour notre inconscient, continuer à être des objets sexuels ».

Voilà le point où, fin du XIXème siècle, la littérature rejoint la psychanalyse, le roman, le fantasme. L’Une se nourrissant de l’Autre. L’Une faisant limite à l’Autre.

Et si les buts sont différents :

La visée d’une écriture sublime pour l’écrivain. Une thérapeutique par le savoir pour le psychanalyste.

Les fondements sont les mêmes.

Le jeu de la lettre inconsciente vient surprendre le jeu de la lettre consciente. De telle façon que ça circule et qu’il puisse advenir une construction subjective.

(… ou une déconstruction subjective autour de la défaite signifiée par la faille).

En résumé, rien ne nous paraît dénier à l’état amoureux, qui apparaît au cours de l’analyse, le caractère d’un Amour véritable. Dixit FREUD, p. 127, sur la technique psychanalytique et observations sur l’amour de transfert, que je vous invite à relire non sans une certaine délectation.

C.Q.F.D. Sauf que l’amour, ni ne se reconnaît, ni se démontre, peut-on seulement en parler ? C’est là où peut-être l’expérience psychanalytique tourne court vers l’élucidation du Symptôme ou bien écrire un livre et, quitte à choisir autant que cela soit Philippe SOLLERS. .

Mais ce petit voyage à travers la lettre et la lagune rappelle s’il le faut le caractère foncièrement asocial de la psychanalyse qui comme le symptôme ne peut être légalisée à la chambre des Députés.

Heureusement qu’il reste là comme un parfum d’Alcôve, de clandestinité, d’interdit, de secret, qui échappe aux censeurs de tout poil.

C’est là où je partage une certaine connivence avec ma dame de cœur et vous ne le comprendrez jamais. Continuer à me lire c’est en quelque sorte la leçon de Philippe SOLLERS et c’est vrai que nous aimons le lire et de rêver, à chacun sa Dame bien sûr, Venise, la lagune, voyage avec elle.