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EURYDICE et ORPHEE

écrire à l'auteur Champ Freudien

HISTOIRE DE CAS

Eurydice ET Orphée AS COHEN

Raconter des histoires reste une occupation délicieuse dont les êtres humains raffolent. Elles traversent plusieurs disciplines : Les médias, la littérature, le théâtre, la danse, l’histoire etc… Les psychanalystes, avec et après FREUD, n’ont cessé de relater quelques histoires de cas. Certains cas sont devenus célèbres et ont reçu comme patronymes le signifiant de leur symptôme : « l’homme aux rats », l’homme aux loups… le cas Dora… joyce le Sinthôme.

Raconter l’histoire d’un cas en psychanalyse et les problèmes que ça pose, est une façon pour l’analyste de poser son savoir de psychanalyste : C’est une illustration littéraire de l’espace psychanalytique, c’est à dire du transfert : Comment se passe la rencontre ? Comment s’établit le contact dans le dicible et l’indicible de cet espace ? Comment se manifestent le symptôme et les symptômes ? Il y a là un art descriptif des séances à travers les symptômes et leur résolution. Noter aussi comment l’interprétation s’élabore petit à petit dans l’écoute bienveillante rêveuse de l’analyste. Je parle de l’interprétation du symptôme avec un grand S. Mais, parallèlement, les petits symptômes courent dans le discours de l’analysant, comme des petits s, des petits maux.

C’est là, comme dit Jacques LACAN, que l’interprétation doit être preste pour permettre l’entre-prêt, c’est à dire l’entre-prise psychanalytique. Toujours ce souci de relancer le symbolique inconscient. Cependant, la question du père reste d’emblée posée dans l’histoire des cas psychanalytiques. Et quand nous parlons du père, l’Amant n’est pas loin. Jusqu’à écrire les deux pères amants. Je pense à S. FREUD et à BREUER se penchant sur le cas ANNA O. la psychanalyse étant assimilée à une « talking-cure » et à un « ramonage de cheminée » pour que « l’utérus continue à tirer », c’est à dire à parler. L’importance de l’évanescence obstruée par le symptôme.

Mais, l’histoire de Dora commence par la rencontre entre deux pères, le père de Dora et le père de la psychanalyse, pour parler de quoi ? De l’impuissance du père de DORA et celle de FREUD à élaborer sa théorie psychanalytique. Et des préoccupations que peuvent donner une fille à son père, celles de raconter des histoires sur la famille jusqu’à même, avoir des idées suicidaires. En passant par des histoires de sexe avec M. K et Mme K. Mon Dieu, quelle horreur ! Mais là n’est pas le problème. Une jeune fille sait y faire avec ces choses là. Le problème ce sont les symptômes et le symptôme fondamental.

On pourrait alors résumer mon introduction, histoire de cas, à deux formules de LACAN. « De ce qui perdure de perte pure, à ce qui ne parie que du père au pire ». Nous entendons bien les ondulations de la langue de J. LACAN . Une certaine poésie. L’empathie. L’art de la dénégation mais aussi quelque chose qui relie père, perte, perdure, pari, pire… dans le langage. Un père a peur de perdre sa fille. C’est une perte qui le rend impuissant mais en même temps, c’est cette perte qui va faire le lit du symptôme de sa fille. Lui, le symptôme il parle pour dire quoi ? Ce que désire une femme. D’où la deuxième formule de J. LACAN, pour compléter celle de FREUD qui continuait à affirmer ne pas savoir ce que désire une femme. « Ce que désire une femme c’est de châtrer le père… »

Nous pouvons retrouver de belles pages d’écrits à ce sujet dans « l’envers de la psychanalyse et dans « ENCORE », deux séminaires de J. LACAN. D’ailleurs, les séminaires de J. LACAN sont le recueil d’histoires racontées ou d’histoires lues qui servent de pré-texte au discours de l’analyste. Ce préambule étant posé, mon intention était de vous parler du cas mythique au demeurant d’Eurydice et Orphée.

Voilà une belle histoire d’amour qui a fait couler beaucoup d’encre, et même des opéras. Il m’amuse de ré-entendre souvent la musique de J. OFFENBACH, Orphée aux Enfers. C’est cette musique qui m’a donné envie d’écrire ce petit texte :

Un avenir infini devant toi, Ne te retourne pas Sinon Eurydice restera aux enfers Sur un air de French Cancan. La vie parisienne.

J’en parle parce que les mythes sont inscrits dans les petites histoires que nous racontent nos patients à nous analystes. Des cancans. Cette histoire est universelle : Un homme, une femme s’aiment. Mais lui, est attiré, bien sûr, par d’autres nymphes… ou des Lolitas comme chantait GAINSBOURG. Il possède un art de la séduction, un violon, une lyre, un violoncelle, bref, c’est un artiste qui joue une musique enivrante. C’est un « ORPHEE ». Elle Eurydice, cela commence à l’énerver, elle commence à voir venu le coup, et c’est plus grave, régulièrement. Ça fait chuter le désir bien sûr et le violon de l’artiste devient un vulgaire « crin-crin ».

Alors, un beau jour, elle en a marre Eurydice, elle veut faire comme lui. Elle est séduite par ARISTEE et le diable l’emporte. On ne sait quel serpent la pique et voilà qu’elle se retrouve « aux enfers » Et là, il faut le dire, et le souligner trois fois : Eurydice le crie très fort, elle s’ennuie. ARISTEE bien entendu n’a pas tenu ses promesses. Ce n’était pas un berger, il était autre : Pluton. Et à ce moment là, elle ne sait plus quoi faire. La situation est sans espoir. Perdition des aventures sans lendemain ? Confusion, départ , divorce… Peut-être une psychanalyse ou un air d’opéra ?

La solution ? Une interprétation psychanalytique ? Non. Que Orphée la sorte de là. Parce que c’est de sa faute. Sans lui, elle ne serait pas dans ces affres là.

Nous connaissons la suite, Orphée négocie, Orphée discute, il utilise sont art de la rhétorique et il croit sauver Eurydice. Hélas ! il ne respecte pas les consignes et il se retourne, trop content de retrouver son Eurydice… et la voilà perdue à jamais.

Elle vous dira à l’entretien qu’elle est comme morte, dévastée, désolée, qu’elle est déprimée, qu’elle n’est plus rien pour lui, que c’est un idiot, qu’il n’a rien compris, qu’ils avaient tout pour être heureux.

Ah ! Comprendre, toujours comprendre… c’est une petite manie qu’ont les êtres humains. Et si vous n’avez pas encore compris ce que ma petite musique laisse entendre, vous pouvez toujours vous réfugier chez Paul DIEL : Le symbolisme dans la mythologie grecque et vous comprendrez que : Orphée est le symbole de la musique et de l’art et qu’il est confronté à un conflit dans sa création. Concentrer ses énergies vers une direction (on appelle cela le désir) symbolisée par Eurydice, ou bien sombrer dans les aventures nombreuses symbolisées par Dyonisos et risque d’éclatement et d’effondrement. Eternelle histoire de la liberté revendiquée par l’artiste.

La psychanalyse, pour conclure, ne cessera jamais de dire, que le désir est devant vous. Quelquefois, même devant vos yeux. C’est un fait clinique. Ne vous retournez pas, derrière il n’y a que des turpitudes auxquelles, même la jouissance humaine fait défaut. C’est une nouvelle étape dans le traitement de la dépression. … Ce mythe d’Orphée et d’Eurydice une bonne façon d’introduire une clinique de la dépression avec ses fameux 3 D dont nous entendons si souvent parler : Départ, Décès, Divorce.